Sigmund Freud est mort il y a soixante-dix ans (1939). La psychanalyse et la psychologie ont modifié notre perception de la complexité humaine.
Notre vision de l’homme est fondamentalement différente de celle de nos grands-parents ou même simplement de celle de nos parents. Notre façon d’élever les enfants a considérablement changé en une génération, les pratiques et les croyances concernant une bonne éducation ne sont
plus les mêmes. Il y a seulement quelques années, emmener son enfant chez un psy aurait laissé à penser qu’il était anormal, alors qu’aujourd’hui certains parents y vont d’abord pour se rassurer sur leurs capacités à être de bons parents et des éducateurs à la hauteur des besoins de leur chère tête blonde qui n’est d’ailleurs pas toujours blonde mais de plus en plus métissée.
Nous avons pris conscience de la complexité de nos enjeux relationnels, de nos méconnaissances et de nos possibles perversions. Nous savons que chaque être humain est issu d’une incroyable conjugaison de gènes, qu’il est le résultat de la filiation d’histoires familiales, qu’il ne sait pas tout et ne saura probablement jamais tout de ses motivations profondes.
Nous savons qu’il va devoir devenir auteur de son identité, propriétaire de son histoire et créateur de sa vie au travers de ses prises d’initiatives, de ses décisions, de ses prises de risques, de ses émotions, qu’il sera responsable de ses liens et de ses réalisations enfin si tout va bien.
L’observation du cerveau amène à mieux appréhender les processus psychique en action. Qu’il s’agisse de l’observation des comportements d’achat
pour les acteurs du marketing, des comportements d’usage pour les ingénieurs ou des « résistances au changement » pour les consultants en management, ces processus humains répondent à des logiques fonctionnelles qu’il est possible d’influencer.
Les découvertes des sciences cognitives sont un renfort inestimable pour la prise en compte de l’humain dans les problématiques de changement.
Ce qui est vu, à ce niveau d’observation, ce sont des enchaînements de processus mentaux ou gestuels, des chemins que la personne doit parcourir pour aller d’un état à un autre. Comme pour le processus de deuil, dont nous savons aujourd’hui qu’il est universel, il est établi que les émotions
et le raisonnement sont indissociables.
Nous avons à notre disposition, aujourd’hui, des sources d’information grâce aux travaux que des psychologues et des psychiatres ont menés ces cent dernières années. Plus récemment, les sciences cognitives apportent, depuis une vingtaine d’années, des connaissances considérables dans ce
domaine. L’utilisation conjointe des technologies informatiques, grâce en particulier à l’imagerie médicale, et de différentes disciplines a permis aux neurosciences d’apporter des éléments tangibles, scientifiquement prouvés, sur de nombreux aspects du fonctionnement du cerveau.
Les sciences cognitives sont en train de donner des preuves et des précisions sur les intuitions et les observations utilisées par les psychologues, les psychothérapeutes, les sophrologues… Ces apports, particulièrement utiles dans l’entreprise, perturbent certaines croyances. Des notions simplistes concernant « ce qui est bien ou anormal » pour un manager, ou la raison posée comme une vérité accessible à tous et en toutes circonstances vont pouvoir évoluer grâce aux réalités décrites par les neurosciences.
L’être humain est fait de complexité, raison et sentiments sont liés. Pour citer un autre exemple, un concept comme celui de désapprentissage, posé en préalable et conjointement à celui d’apprentissage, est maintenant démonté. Bien que de nombreuses zones d’ombre demeurent, les sciences cognitives ont le mérite d’apporter des éclairages sur des fonctionnements qui étaient jusqu’alors mystérieux. Au-delà de l’intérêt scientifique de ces nouvelles connaissances, les acteurs chargés de l’innovation ou du changement dans les entreprises peuvent intégrer ces éléments comme des données factuelles. Ces nouvelles connaissances vont influencer les modalités de management à tous les niveaux.